TROIS POMMES
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TROIS POMMES
Je me souviens des paniers
Remplis des fruits du jardin
Et ramenés par papa.
Il les posait dans la cuisine,
Ils embaumaient toute la pièce
De leur fragrance acidulée.
Puis maman prenant son temps,
Ce temps compté si précieux
Qu’elle n’avait pas forcément,
Très affairée par les taches
Inhérentes à tous ses enfants,
Mettait la main à la pâte.
Quand j’étais haute comme trois pommes…
Trois pommes…
Dans un rite habituel,
Elle installait sur la table,
Son grand saladier creux,
Ustensiles et ingrédients.
Pour préparer son gâteau,
Elle y mettait dans l’ordre,
Et elle y tenait beaucoup,
Œufs, sucre, vanille, farine,
Levure, cannelle, amandes,
Raisins trempés dans du rhum.
Elle brassait tout avec le fouet,
Obtenait une pâte lisse,
Souple, brillante et soyeuse.
Quand j’étais haute comme trois pommes…
Trois pommes…
Puis elle prenait dans ses mains,
Ces pommes qu’elle épluchait,
Et les coupait en quartiers,
Qu’elle gravait de lignes proches.
Puis, dans un moule rond beurré,
Disposait les bouts rayés,
En forme de belle rosace.
Elle couvrait tout de la pâte,
Épousant moule et pommes,
Et parsemait sa belle œuvre,
De raisins et des amandes,
Nourrissait le four chauffé,
De sa belle composition.
Dès les premières minutes,
L’effluve des pommes léchées,
Par la chaleur du fourneau,
Flattait nos narines d’enfants.
Et le gâteau doré à point,
Charmait nos yeux et appétit.
Démoulé avec précaution,
Avec une passoire, maman
Saupoudrait de sucre glace.
Cette couche couleur de neige
Fondait et imbibait
La cime des vallons de pâte.
Quand j’étais haute comme trois pommes…
Trois pommes…
Je sens encore ces pommes dorées au four.
Je ressens toujours la douceur de ces moments
Partagés avec mes frères et sœurs,
Rassemblés autour de la grande table,
Les yeux grands écarquillés devant ce cadeau,
Gâteau "fait maman" avec les pommes cueillies par papa,
Dessert si savoureux que l’on dévorait avec grand plaisir,
En se pourléchant les doigts.
Papa, maman, vous me manquez tellement !
(tellement !).
Quand j’étais haute comme trois pommes…
Trois pommes…
C’est de cette odeur de cannelle dont je me souviens…
… Quand j’étais haute comme trois pommes…
… Trois pommes…